Chronique n° 82 du 24 mars 2025

Belgica forever by Patrick Weber

Belgica est le seul magazine francophone qui soit dédié à l’histoire et au patrimoine de toutes les Belgiques. A l’initiative de Patrick Weber et de Romuald La Morté, il vient de se réinventer. Désormais, ce semestriel se double d’un cahier consacré à l’art baptisé Belgic’Art. Parce que l’art est souvent le reflet de son époque. Et parce que l’art belge offre une remarquable variété de styles, de noms et d’innovations… Mais le premier numéro de Belgica « nouvelle version » accorde surtout beaucoup de place aux femmes qui ont marqué l’histoire de la Belgique. Certaines étaient avocates, d’autres architectes, artistes ou encore syndicalistes…

Difficile d’énumérer toutes les femmes que ce nouveau Belgica met en valeur. Dans ma short list, je pointerai néanmoins Marie Popellin (1846-1913), tout à la fois juriste, institutrice, directrice d’école et féministe belge. Elle fut, à 42 ans, la première femme docteure en droit de Belgique. Elle fut ensuite confrontée au refus des juridictions belges de lui faire prêter le serment d’avocat en raison de son sexe. Cette « affaire Popellin » fut à l’origine de la création, en 1892, de la Ligue belge du droit des femmes. Thérèse de Tillesse, quant à elle, est née le 27 juin 1865 à Liège. Elle épousa Henri de Radiguès de Chennevière en 1888. Elle fut connue pour sa participation active dans la résistance belge pendant les deux guerres mondiales. Elle décéda le 16 juin 1963 à Forest. Hélène Dutrieu est née à Tournai le 10 juillet 1877. Son parcours atypique de défis et de combats fit d’elle une figure emblématique de l’émancipation des femmes dans un domaine normalement réservé aux hommes. Elle fut la première femme aviatrice de Belgique. Elle s’est éteinte le 26 juin 1961 à Paris. En 1926, Claire Henrotin (1908-1989) devint la première femme étudiante en architecture de Belgique. Elle acheva cette formation en 1930 à l’Ecole de la Cambre. Toujours en 1930, Genia Averbuch (1909-1977), petite étudiante venue de la Palestine, devint la première femme architecte diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Après ces deux pionnières, d’autres femmes ont pu mener de vraies carrières dans l’architecture comme Simone Guillissen-Hoa (1916-1996) ou Odette Filippone (1927-2002)…

Impossible de terminer cette évocation des femmes d’exception sans faire référence à deux personnalités qui ont marqué la Belgique même si elles n’étaient pas tout à fait belges. Il y eut tout d’abord la Reine Elisabeth. Mais j’ai déjà évoqué l’épouse de notre Roi Chevalier. L’autre amazone incontournable fut pour moi Marguerite Yourcenar (1903-1987), de son vrai nom Marguerite de Crayencour. En réalité, elle fut d’abord française, ensuite franco-américaine après son exil littéraire dans le Maine. Il n’en demeure pas moins que ses racines étaient fortement belges par sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, qui la mit au monde le 8 juin 1903 dans un hôtel de maître sis au numéro 193 de l’Avenue Louise. C’était au temps où l’Avenue Louise était la plus belle avenue de Bruxelles. Il n’est pas inutile de le rappeler. Et comme le dit fort justement Patrick Weber, « alors que nous approchons du bicentenaire du pays (que certains rechignent à célébrer), il est plus que jamais important de mieux connaître notre passé ». Difficile de mieux exprimer la philosophie des Trésors de Bruxelles

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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