Chronique n° 83 du 31 mars 2025

Copyright : Maison Maurice Béjart

Maurice Béjart est un monument bruxellois

C’est peu de dire que Maurice Béjart appartient au patrimoine bruxellois. La preuve en est que le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale (en affaires courantes) vient de nommer officiellement comme monuments les anciens studios et l’appartement du grand chorégraphe d’origine française. Cette maison est située dans la Rue de la Fourche à proximité des Galeries Royales Saint-Hubert dans le cœur de Bruxelles. L’intégralité de l’intérieur de l’immeuble, en raison de sa valeur historique et artistique, a été inscrite sur la liste des monuments sauvegardés. Cet événement me fournit l’occasion de rappeler l’histoire hors du commun de ce vrai Bruxellois…

Maurice Béjart, de son vrai nom Maurice Jean Berger, est né le 1er janvier 1927 à Marseille. Il était le fils du grand philosophe Gaston Berger. C’est après avoir assisté à un récital du célèbre danseur Serge Lifar qu’il décida de se consacrer entièrement à la danse. Il débuta à l’Opéra de Marseille en 1941 à l’âge de 14 ans. C’est après la guerre, en 1946, qu’il s’installa à Paris où il rencontra notamment Roland Petit. En hommage à Molière, il prit comme pseudonyme celui de l’épouse de ce dernier, Armande Béjart.

C’est précisément en 1946, à 19 ans, que le futur grand chorégraphe rencontra, pour la première fois, le public belge. Cela se passa au Théâtre Royal des Galeries où il présenta le récital de la danseuse étoile Solange Schwarz. Et c’est en 1959 que Maurice Huisman, alors nouveau Directeur du Théâtre Royal de la Monnaie, lui proposa de mettre en scène Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky. Ce fut un énorme succès. Dans la foulée de ce triomphe romain, Béjart fonda le Ballet du XXe siècle en 1960. Avec cette compagnie internationale, il sillonna le monde entier, initiant un large public à la danse moderne et mettant en valeur l’image de la capitale belge sur tous les continents. Il multiplia les créations emblématiques comme Boléro, Roméo et Juliette ou La messe pour le temps présent. En 1970, il créa l’école internationale de danse Mudra qui forma de nombreux talents (dont Anne Teresa De Keersmaeker) et contribua également au rayonnement de Bruxelles. En 1987, à la suite d’un conflit ouvert avec Gérard Mortier, alors Directeur de La Monnaie, il décida de ne plus revenir en Belgique et de dissoudre le Ballet du XXe siècle. C’est à ce moment-là qu’il fonda une nouvelle compagnie en Suisse, le Béjart Ballet Lausanne. Il décéda à Lausanne le 22 novembre 2007 à l’âge de 80 ans…

Comme vous pouvez le constater, Maurice Béjart a vécu pendant près de 30 ans à Bruxelles. Il habitait au 49 de la Rue de la Fourche dans l’Ilot Sacré où il avait ses habitudes. Tous les jours, il se rendait chez Mokafé dans la Galerie du Roi, situé à deux pas de La Mort Subite qu’il fréquentait aussi énormément. En réalité, il était profondément attaché à la Belgique et à Bruxelles. Dans sa fameuse lettre à Michel Robert, historiographe de Béjart, le danseur écrivait ceci : « J’ai aimé Bruxelles, j’ai aimé y vivre, j’y ai aimé et j’y ai vécu très heureux parce que c’est un centre créatif et vital ». Un peu plus d’un mois avant sa mort, Maurice Jean Berger avait émis le souhait de demander la nationalité belge. Il n’eut pas le temps de concrétiser son rêve. Ayant été incinéré, ses cendres furent dispersées, selon ses vœux, sur les plages d’Ostende dans son pays d’adoption…

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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